Le couple parental

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Invité à écrire sur les parents, je m’attacherai à examiner, la place du « couple parental » dans le discours des personnes que je reçois, la place que révèle l’écoute psychanalytique, fût-ce au sein d’un CSAPA.
J’ai à plusieurs reprises traité de la place que nous pouvions faire aux parents comme personnes, même si des questions restent à travailler, je n’y revendrai pas ici. Je laisserai aussi de côté une question devant être examinée à l’accueil de la place de la plainte de « l’enfant symptôme », eu égard à« la vérité du couple parental »2 ou de son éventuelle prise dans le fantasme de la mère.


1 Le Corbusier Modulor
2 Les expressions "enfant symptôme", et "vérité du couple parental" peuvent être éclairées par la lecture des « Notes sur l’enfant ». Deux notes, remises manuscrites par Jacques Lacan à Mme Jenny Aubry en octobre 1969, publiées dans Ornicar ?, n° 37, avril-juin 1986, p. 13-14. Les notes se trouvent aussi dans J. Lacan, Autres écrits, Paris, Le Seuil, 2001, mais pour une raison que je ne connais pas, J.A. Miller a cru bon d’en modifier l’agencement.
Ces notes ouvrent sur « le symptôme de l’enfant (qui) se trouve en place de répondre à ce qu’il y a de symptomatique dans la structure familiale ». Sur le manuscrit, on voit que Lacan a rayé «équivalent au symptôme de ses parents ». Probablement parce qu’il ne peut y avoir de symptôme commun à deux sujets, fussent-ils un couple ; par contre l’arrangement sur lequel repose ledit-couple peut tenir grâce à un symptôme extérieur que représente l’enfant, qui fait en somme tenir ensemble père et mère.
C’est ce qui peut éclairer l’expression  « Le symptôme peut représenter la vérité du couple parental. » L’enfant symptôme peut l’être à au moins deux niveaux : métaphorique, rébus des difficultés parentales à faire avec l’impossible rapport sexuel ; métonymique là où le dysfonctionnement est un trait d’identification familiale qui court de génération en génération. Lacan fait du symptôme de l’enfant représentant la vérité du couple parental « le cas le plus complexe » mais en même temps il le considère comme « le plus ouvert à nos interventions ». Le second cas de figure, l’enfant associé non plus aux fantasmes partenaires du couple parental mais à celui de la mère seule, soit un enfant que Lacan dit « offert » sans médiation au fantasme maternel. Qui l’offre ? C’est, écrit Lacan, la fonction du père de s’interposer, de créer une distance entre le désir de la mère et la réponse de l’enfant, d’empêcher la mère de jouir, dans l’acception juridique du terme, de son produit sur un versant strictement narcissique en le prenant comme incarnation de son objet cause du désir (que Lacan écrit objet a). Lacan n’écrit pas le père mais sa fonction, ce qui laisse penser que ladite fonction peut être supportée par un autre vecteur que le père. On peut dire qu'il réalise la présence de l'objet réel dans le fantasme maternel. De ce fait, la mère se trouve coupée de sa propre vérité, et le symptôme somatique de son enfant peut donner le maximum de garantie à cette méconnaissance
.

Prendre en considération la place dans le discours du couple parental, c’est mettre en perspective les formes de l’unité, leurs mises en place et la confrontation à l’impossible qui en résulte. La première manifestation clinique de cet impossible n’est autre que les aléas de l’amour et le ratage du rapport sexuel. Pour Lacan3 : lorsque le sujet comme produit d'une histoire4 tente de projeter son être sur l'idéal d'une fusion unitive, il se confronte à l'unité instaurée par l'union de l'enfant et de la mère, qui sert aussi de modèle à l'union des sexes. Une union vaut une autre union.

« Dans le rapport sexuel, le sujet est toujours confronté au modèle de l’unité qu’est l'unité mère-enfant5, comme produit du couple, comme objet a, l'union sexuelle répètant l'union maternelle 6 ».

« Ainsi leur corps était divisé en deux ; chacun alors, regrettant sa moitié, la rejoignait ; et ils se jetaient dans les bras les
uns des autres et s’entrelaçaient dans le désir de s’unir, de ne plus faire qu’un.
7»


N’en déplaise aux mânes d’Aristophane, il n’y a aucune harmonie préétablie entre l’homme et la femme. Qu’il n'y ait dans l'inconscient aucune harmonie préétablie entre l'homme et la femme, nulle trace de cette « force mystérieuse » dont les poètes parlent, que ce soit cette discordance même qui constitue l'inconscient, c'est ce que Freud ne cesse de dire. L'universalité, la prolixité de la métaphore sexuelle, ce bavardage, la loquacité du névrosé, est par Freud dans un des textes sur « La psychologie de la vie amoureuse8», rapporté au secret qui ne peut franchir les lèvres. Ce secret, c'est ce que Lacan reprend en disant : « il n’y a pas de rapport sexuel 9».


3 « C'est par rapport à l'idée de couple là où elle se trouve — dans le registre subjectif — que le sujet a à se situer dans une proportion qu'il peut trouver à établir en introduisant une médiation externe à l'affrontement qu'il constitue, comme sujet, à l'idée de couple. » J. Lacan, La logique du fantasme, 10 mai 1967.
4 Produit de son histoire et du désir inconscient de ses parents et prédécesseurs. Un enfant est toujours mis à une certaine place, avant même sa naissance. Cependant il n’est pas que le produit passif d’une histoire familiale, auquel la théorie systémique essaie de le réduire. Il reste créateur de son inconscient, fait un tri dans l’imprégnation initiale par le discours de l’Autre, choisit en s’appuyant sur son insondable décision.
5 Union mère-enfant qui peut se représenter ainsi à l’aide de cercles Eulériens


« La mère comme sujet, c’est la pensée de l’Un du couple ». « Ils seront tous deux une seule chair, c’est une pensée de l’ordre du grand Autre maternel ».
La relation mère enfant est-elle une relation harmonieuse ? En tout cas la culture occidentale en a inscrit en nous l’image avec les nombreuses représentations de la Vierge et de l’enfant. Représentation de l’harmonie entre deux sujets.
6 E Porge  Se compter trois  éd Erès 1989
7 Platon, Mythe d’Aristophane, Le Banquet, 189d-192e, traduction de Bernard et Renée, Nathan, 1983, pp. 58-61).
8 Psychologie de la vie amoureuse aux éditions Payot rassemble trois textes de Sigmund Freud "Un type particulier d'objet chez l'homme" (1910), "Du rabaissement le plus commun de la vie amoureuse" (1912) et "Le tabou de la virginité" (1918).
9 Comme Lacan l’énoncera à la fin de son séminaire la logique du fantasme (1967) et à partir de là s’attachera à soumettre l’ensemble de sa théorie à cet énoncé capital.
Cette formule il n’y a pas de rapport sexuel résumerait d'après Lacan l'œuvre de Freud. Freud ne l'a jamais dit comme ça mais Lacan estime qu'on peut déduire cette formule à partir de ce que Freud a dit de la sexualité. Ce que Freud dit de la sexualité, il le tient de ce que lui ont dit ses patients en analyse. Freud n'observe pas la sexualité. Il invente une théorie pour rendre compte de ce que les gens lui rapportent de leur vie sexuelle. Il s’ensuit que le terme de sexualité est, chez Freud, détaché d'une référence à l'accouplement qui donnerait lieu à la reproduction. C’est entre autre ce qui lui permet de parler de la sexualité infantile. Pour lui la sexualité ne commence pas à l'adolescence. Freud souligne l'importance de la place du plaisir dès l'enfance, et qualifie de sexuel, les premiers échanges et émois entre la mère et l'enfant. La satisfaction de l'enfant n'est pas seulement celle du besoin nutritif, mais aussi celle qui est issue des échanges, du don d'amour, et des représentations qui se construisent entre la mère et l'enfant. Comment peut-on affirmer d'une part l'importance du sexuel, au point de le repérer dans les relations les plus primitives de l'enfant et de la mère, et dire, en même temps, qu'il n'y a pas de rapport sexuel ?
Le problème porte donc sur ce qu'on entend par rapport et comment on peut distinguer rapport de relation.

Ce que Freud pointe comme discordances dans la vie amoureuse. Chez l'homme c'est la séparation du courant tendre et du courant sensuel, c'est le rabaissement de l'objet sexuel, c'est la série infinie qui remplace l'objet primordial maternel perdu. Chez la femme, c'est la singularité de son abord du complexe de castration qui détermine son destin; castration vécue par la petite fille comme un malheur individuel par rapport à la loi phallique universelle, si bien qu'il existe du côté féminin une série de réponses possibles : inhibition, complexe de virilité ou féminité dite normale, qui n'est elle- même, selon Freud, qu'un irrémédiable prolongement de la situation œdipienne.


Face à ces vérités freudiennes premières, quelle formalisation propose Lacan ?
Pour lui la séparation du courant tendre et du courant sensuel traduit l'incommensurabilité du désir et de la demande d'amour adressée à l'Autre. Car on a d'un côté la demande inconditionnelle d'amour et de l'autre l'objet a comme condition absolue du désir. C'est cette incommensurabilité, cette dysharmonie du rapport à l'Autre que Lacan formalise dans La Logique du fantasme avec le rapport fort justement dénommé anharmonique. La division anharmonique, la divine proportion comme dit Kepler, métaphorise le fait qu'il n'y a pas de commune mesure de jouissance entre le sujet et l'Autre dans le champ de l'union sexuelle.


Pour vous conduire vers ce point, que la psychanalyse veut mettre en relief, je reprendrai un commentaire de J Ruff sur un film "Les bronzés font du ski", où « Michel Blanc est toujours en passe de conclure. Conclure, c'est avoir une relation sexuelle. Le problème n'est pas de savoir avec qui il couche, mais qu'on sache qu'il est un grand séducteur, et que les femmes veulent toutes faire l'amour avec lui. L'effet comique ne vient pas seulement du fait qu'il ne conclut jamais. Il vient de l'association du terme de conclusion avec le rapport sexuel. Une conclusion vient en effet à la suite d'un raisonnement. Or son raisonnement n'aboutit jamais à la conclusion attendue. Son raisonnement est le suivant: Comme je suis un tombeur, et quelles sont toutes folles de moi, il est logique qu'elles vont tomber à la fin dans mes bras. Or non seulement cette conclusion n'est jamais confirmée, mais en plus, il est profondément seul, sans rapport avec qui que ce soit, sauf, et c'est ça le point important, avec ses propres idées. Tout se passe dans sa tête. Le plaisir sexuel est d'abord dans la représentation. Cette idée d'être un séducteur lui fait plaisir même si rien dans la réalité ne vient le confirmer. Ce qui est impensable dans le règne animal, où le comportement, doit correspondre à quelque chose dans la réalité. Ici, il peut imaginer une relation qui le mettrait en rapport avec la femme de ses pensées, même si aucune femme ne correspond à ce signalement. Il ne part pas de ce qui est, mais de ce qui lui est agréable de penser. Et c'est là qu'on peut saisir que, non seulement le raisonnement peut très bien n'avoir aucun rapport avec la réalité, mais que le démenti de l'expérience n'ébranlera pas ses convictions »
Lacan veut justement insister sur cette différence entre un rapport et une relation. Une relation sexuelle ne nous assure pas qu'il y ait rapport effectif à l'autre. Il peut y avoir la solitude la plus profonde dans une relation sexuelle (Solaire de Ian Mc Ewan en est une belle illustration littéraire). Avoir des rapports, n'est pas avoir un rapport avec l'autre et avec son désir. C'est la différence entre la sexualité animale et humaine. Dans le monde animal, la relation sexuelle est organisée par l'instinct d'une manière extrêmement précise. Le partenaire est identifiable par des signaux préétablis, programmés instinctivement: les différents déclencheurs du comportement sexuel. Les animaux ne s'accouplent en fait pas comme des bêtes mais suivant les lois de la nature. Chez les humains il n'y a pas de programmation par l'instinct qui nous indiquerait, dès la naissance, le partenaire qui nous convient. Ce qu'on nomme instinctif dans le désir et l'amour est en fait une programmation culturelle acquise par l'éducation qui détermine le type de relations que nous pouvons avoir. Cette programmation culturelle tient lieu des réponses instinctives qui sont absentes. Nous avons ainsi des prêts à penser, des réponses collectives: mariage monogamique, polygamique, concubinage, voire prostitution qui organisent nos relations. Mais ces relations arrangées sont trop générales. Elles ne nous indiquent pas encore le partenaire qui nous conviendrait pour réduire notre solitude. Il faut des réponses plus personnelles pour trouver l'âme sœur. C'est là qu'intervient la psychanalyse, pour interroger les critères de nos choix personnels. Ces choix sont inconscients, d'où le sentiment qu'ils sont instinctifs. Mais le problème n'est pas tant que ces choix soient inconscients, et qu'ils nous guident dans nos relations à notre insu, que de savoir vers quel type de partenaire ils nous dirigent, avec qui ou quoi ils nous mettent en rapport.

En fait, la rencontre sexuelle est foncièrement traumatisante. Qu'elle soit traumatisante est une des conséquences du non rapport. Pourquoi traumatisante? Parce que le sujet pensant se trouve confronté à l'énigme que représente le désir de l'Autre. Que veut-il, que me veut-il? On peut trouver ces questions sans intérêt voire ridicules et sûrement pas traumatisantes. Car comment n'aurait-on pas de réponses à ces questions! On a même l'embarras du choix. Il veut faire l'amour ou m'en donner. Et pourquoi pas ajouter, il veut qu'on se marie, qu'on ait beaucoup d'enfant, une télévision, un fax, un portable et une connexion sur internet. Mais à nouveau, on oublie que ces réponses sont des prêts à penser pour comprendre le rapport à l'autre et de ce fait ne sont que des inventions culturelles pour pallier à l'absence de réponses préétablies, de formules, de programmation de la sexualité comme on en trouve dans l'instinct. Toutes les réponses sont en fait des leurres, des semblants de rapport, qui recouvrent le réel du non rapport.

Un détour par les mathématiques s’impose, car ce n’est pas la même chose de constater l’impossible, l’incommensurable dans la relation a /A (petit a, Autre), par exemple, et de le démontrer mathématiquement. Pour donner consistance à ce réel, Lacan a donc besoin de passer par les mathématiques. Penser l’impossible, ici l’incommensurable, implique une écriture. Constater l’impossible et le penser n’est pas la même chose. Constater l’impossible c’est le constituer comme fait. On peut en tirer des conséquences. Mais penser l’impossible impose une écriture mathématique.

Dans La Nouvelle Alliance, Prigogine et Stengers insistent sur l'importance en physique des démonstrations d'impossibilité. Prigogine et Stengers illustrent leur propos en évoquant le deuxième principe de la thermodynamique, le principe dit de Carnot-Clausius : «La découverte d'une impossibilité physique n'est pas le produit d'une résignation au bon sens, c'est la découverte d'une structure intrinsèque du réel que l'on ignorait jusque-là, et qui condamne à l'impossibilité un projet théorique. Certes, cette découverte a pour conséquence d'exclure la possibilité d'une opération que l'on pouvait jusque-là imaginer réalisable en principe;(…); mais c'est aussi l’ouverture d'un point de vue nouveau sur le monde, la base d'une nouvelle possibilité de science.10»
La référence aux mathématiques présente aussi l’indéniable avantage d’éloigner du risque de psychologisation, des pièges du sens. Sur cette question du couple parental, il n’en va pas de même si dans l’écoute, l’on tient compte de l’incommensurabilité du rapport à l’Autre11 ou si l’on tient compte de l’Œdipe.
Oedipe qui n’est que l’habillage de l’incommensurabilité ici en question. Dans la pratique, le sens dont est porteur le mythe oedipien ne peut jamais qu’être transitoire12. Ce qui est recherché c’est l’effet de sens. L’effet de sens est à l’opposé des expressions courantes telles que : « trouver du sens » « avoir du sens » qui renvoient à l’idée de « nourrir le symptôme de sens ». Sens qui contamine, qui envahit, qui noie (le poisson !). L’effet de sens résulte lui d’un jeu de langue, d’une équivoque, il est à situer du côté de « l’abolition du sens ».

Pour comprendre ce qu’est la division anharmonique, sur laquelle Lacan s’appuie pour métaphoriser le fait qu'il n'y a pas de commune mesure de jouissance entre le sujet et l'Autre dans le champ de l'union sexuelle, il faut préalablement passer par la division harmonique, dont elle est en fait une variante.
La division harmonique comme la division anharmonique font partie de la
géométrie, mais elles représentent dans celle-ci une impossibilité : celle d’une mesure puisqu’elle présente la non commune mesure d’une valeur au Un. Non commune mesure que traduit un nombre dit irrationnel. La représentation graphique supplée au défaut de mesure, comme la diagonale du carré pour racine de deux.

« On est à la section d’or ce nouveau Salon qui a pris nom à l’ancienne Mesure de beauté …13 »


10 Ilya Prigogine et Isabelle Stenger la nouvelle alliance  Gallimard 1979 Pg220
11

12 Sans oublier que si le travail analytique a une fin, il n’ a pourtant pas de fin mot de l’histoire !
13 Guillaume Apollinaire octobre 19012, à propos de l’exposition la Section d’or qui réunissait M. Duchamp, J. Villon, J. Gris, A.

La division harmonique appelée aussi extrême et moyenne raison, « section
d’or
», puis arithmétiquement « nombre d’or 14 ». L’expression désigne cette proportion qui a été considérée dès l’antiquité classique comme idéale, dans le champ de l’architecture, puis de la peinture, et que l’on a tenté aussi de retrouver dans certaines formes de la nature et d’utiliser en musique.

"Une droite est dite coupée en extrême et moyenne raison quand elle est tout entière, relativement au plus grand segment, ainsi qu'est le plus grand relativement au plus petit"

Euclide dans le livre VI des « Éléments » énonce les choses ainsi :


A          C                 B
I----------I----------------I    AC/BC = CB/AB
A          C                 B
I----------I----------------I    Ce qui peut aussi s’écrire  a/b = b/a+b
     a             b
L’harmonie de cette proportion n’a échappé ni aux architectes ni aux peintres
(Phidias, Vitruve, Botticelli, Léonard de Vinci et plus proche de nous, Le Corbusier, M. Duchamp, J.
A. Gleizes, F Kupka, F. Léger …)

Quoi de plus satisfaisant, esthétiquement, mais aussi intellectuellement, quoi de plus harmonieux, semble-t-il, que cette proportion dans laquelle le rapport de deux éléments semble en quelque sorte se boucler dans le tout.
Mais cette apparente perfection recèle un reste, un reste qui ne se voit pas, qui peut seulement se calculer. Le partage en extrême et moyenne raison n’est harmonieux que du point de vue géométrique. Comme nous le verrons, il l’est moins avec l’arithmétique. Le calcul dévoile un reste, une dysharmonie.

Lacan écarte très vite dans son séminaire tout cet aspect historique, car lui se réfère essentiellement au « nombre d’or », non pas à sa mythologie, à son mystère, mais à ses qualités mathématiques, son incommensurabilité tout particulièrement. Ce n’est donc pas l’harmonie qui l’intéresse ici, mais la dysharmonie. Pour en faire le constat, il faut passer par un chiffrage.
A          C                 B
I----------I----------------I    égale au rapport    AC/BC = CB/AB

I----------I----------------I    égale au rapport    a/b = b/a+b
      a              b


Gleizes, F Kupka, F. Léger, Picabia, G. Braque, …
L’expression « nombre d’or » eut un regain de popularité entre autres à la réédition « De Divina Proportione » de Luca Paciotili, superbement illustré par Léonard de Vinci en 1950.

14 Les Grecs ne disposaient pas du savoir mathématique pour concevoir un tel nombre. Pour les Grecs, un nombre est un nombre entier, le nombre procède du Un (qui n'est pas lui-même un nombre, mais dont dérive l'unité) en tant que multiplicité d'unités. Il ne saurait donc y avoir de nombres rationnels (mais seulement des rapports entre nombres (entiers)) ni de grands irrationnels (mais seulement des rapports entre grandeurs éventuellement incommensurables). Il y a dans les mathématiques grecques une frontière absolue entre le continu et le discret.

Si l’on donne au segment b la valeur 1 on aura :

I----------I----------------I    égale au rapport    a/1 = 1/a + 1 soit: a =1/a+1
      a             1
Ce qui peut se transformer en :
a(1+a) = (1/1+a) x (a+1)  ===>    a2 = a – 1 ===>  a =    .
Soit approximativement 1,618 033 988 7…

La valeur numérique du rapport est 1,618… ou expression arithmétique de la section dorée, ou nombre d’or qui s’écrit, phi, ! du nom de Phidias15. 1.618 ou 0.618, son inverse, ne sont jamais que des nombres approximatifs. Le nombre d’or est incommensurable quel que soit le nombre de décimales, il y a toujours un reste.
C’est entre autre cette caractéristique qui intéressera Lacan.

On a donc la juxtaposition de l’harmonie géométrique, qui renvoie à un fantasme de complétude (dans le rapport mère / enfant ou homme / femme) et la dysharmonie arithmétique qui révèle un reste, l’objet a et son incommensurabilité.

Si la division harmonique permet de saisir l’incommensurabilité du rapport de a (objet a) au Un de l’union, elle ne permet pas de mettre en relation tous les éléments de base dans la situation : l’objet a, l’Un (du couple mère enfant, du couple parental…) et le trait unaire au lieu de l’Autre.

Il est donc à ce stade nécessaire d’introduire la division anharmonique, extension de la division harmonique.
Pour passer de la division harmonique à la division anharmonique ou divine proportion, il faut prolonger la droite (A-B) par un autre segment (B-D)16.

"Si une droite est coupée en extrême et moyenne raison et si on ajoute une droite égale au plus grand segment, la droite entière sera coupée en extrême et moyenne raison, le grand segmant étant la droite premièrement exposée. 17"

A          C                 B                D
I----------I----------------I----------------I   BD=CB


15Phidias considéré par les Anciens comme leur plus grand sculpteur, est devenu pour les Modernes le parangon du classicisme – du moins tel qu'il a pris forme sur l'Acropole, entre 447 et 432 avant J.-C.
Phidias utilisa le nombre d'or pour les proportions du Parthénon, en particulier pour sculpter la statue d'Athéna Parthénos

16 Voir le commentaire de P.H Michel, dans De Pythagore à Euclide, les belles lettres 1950.
17 Euclide Elements cité par P.H Michel

On a donc :    CA/CB= DA/DB
C'est une médiété de trois termes dont le plus grand est égal à la somme des deux autres. Les trois termes a, b, c, sont rassemblés en un rapport, une proportion unique. Elle correspond à la division d'une droite AB où le grand segment (CB = b) est au petit (AC = c) comme leur somme est au grand segment.18»
Soit :


La division anharmonique est donc l’enchâssement de deux rapports harmoniques. AC/BC = CB/AB et BD/AB = BD/AD, chaque division reconduisant l’incommensurabilité.
Pour ce qui nous occupe trois éléments sont en jeu : L’objet a19, trait unaire20, l’Un (unien du couple mère enfants, parental, …).

petit segment (c) = objet a; segment (b) = Un et 1

Le premier Un métaphorise pour Lacan le champ de l’unité, au sens d'union, de l’idée de l’unité du couple, dont le modèle est l'unité mère-enfant, vis-à-vis duquel l'enfant comme a, produit du couple21 a à se confronter quand il est engagé dans une relation sexuelle. C'est de là que parle toute vérité, qui n'a d'autre forme que le symptôme.

Le deuxième 1 est le 1 de la répétition, du trait unaire au lieu de l'Autre, celui qui va répéter le premier quand le sujet veut se compter comme un dans le rapport sexuel, vis-à-vis de l'Autre, quand il veut s'identifier comme partenaire sexuel.
« L’effet de langage s’exerce au niveau du surgissement du trait unaire. Le trait unaire certes n’est jamais seul, donc le fait qu’il se répète à n’être jamais le même est proprement l’ordre même de ce dont il s’agit, de ce que ce langage soit présent, présent et déjà là, déjà efficace22 ».


18 Le nombre d’or M. Neuveux et H.E Huntley le nombre d’or Point seuil 1995.
19 L'objet a est une pierre angulaire de la théorie lacanienne. Il s'est constitué comme objet cause de désir, non spéculaire, à partir de l'image de l'autre, spéculaire. L'objet petit a est un produit, produit de l'opération du langage. Lacan distingue quatre objets pulsionnels — le sein, les excréments, la voix et le regard — selon la façon signifiante d'être détachée, c'est-à-dire selon la position dans laquelle l'Autre se présente : le sein se découpe avec la demande à l'Autre, les excréments avec la demande de l'Autre, le regard avec le désir à l'Autre et la voix avec le désir venant de l'Autre. Il s’articule à une perte, « une perte de la jouissance dans la mesure où c’est à la place de cette perte qu’introduit la répétition, que nous voyons surgir la fonction de l’objet perdu que j’appelle a » l’envers de la psychanalyse 20-5-70.
20 Support comme tel de la différence (l’identification 13-12-61) mais n’est pas sans évoquer l’Einziger Zug freudien.
21 « déchet », dit Lacan. En quoi il est ici freudien comme en témoigne la lecture de « Transpositions pulsionnelles, en particulier dans l’érotisme anal » et du petit schéma qui l’accompagne.


« Transposition pulsionnelles, en particulier dans l’érotisme anal » S. Freud œuvres complètes T XV Ed PUF p. 61

Cette répétition reproduit l’incommensurabilité du 1 et du a23.
Ce que Jean-Marie Jadin et Marcel Riter présentent sous forme de tableau,24 dans lequel ils présentent schématiquement la différence entre le Un unifiant et le 1 comptable.

Lacan introduit donc ce rapport en désignant a comme le produit d'un acte sexuel qui a créé un sujet qui justement reproduit son acte et en désignant A, le signifiant maternel, avec ce qu'il implique comme idée de fusion25, d'unité unifiante présente derrière tout couple réel.
Comme Freud l'a mis en évidence, l'asymétrie introduite est le résultat du fait que l'unité du couple est une pensée déterminée au niveau seulement de l'un des termes

du couple. Le rapport    exprime que le rapport de l'un des termes à l’autre est équivalent à la somme des deux.


Lacan l’envers de la psychanalyse 20 mai 1970
23 On trouvera un exposé clair et passionnant des différentes formes de l’unité dans : le lasso spéculaire, de G. Le Gaufey Ed EPEL 1997.
24 Jean-Marie Jadin et Marcel Riter La jouissance au fil de l’enseignement de Lacan éd Erès p. 208.
25 Union mère-enfant qui peut se représenter ainsi à l’aide de cercles Eulériens


Il résultera de la sépartition la situation suivante :

Dans le rapport sexuel, le sujet est toujours confronté à son lien maternel à ce qui pour lui fut usité26, l’union sexuelle répète l’union maternelle27.

En entrant dans le champ du sexuel, le sujet – aussi bien l’homme que la femme – se confronte au « lieu maternel de l’unité », à l’Autre en tant que Un. Mais il y a là, ajoute Lacan, falsification dans ce passage du un comptable au un unifiant.

Dans cette représentation, l’objet a, produit du couple, l’enfant, chacun d’entre nous qui s’affronte à l’Autre au moyen de son idée de couple, est le petit segment, qui se projette sur le grand et par là mesure28 son incommensurabilité au UN.

Ce n’est que par la médiation d’un point extérieur au couple que pourra être rétablie l’« harmonie » présente, comme idée du couple, chez l’un des partenaires. Ce point a la valeur – " fonction de la castration. S’agissant de la relation sexuelle, il y a bien une harmonie, mais ailleurs que là où on le penserait, non pas entre les deux partenaires, 1 et 1, mais entre 1 et a, harmonie donc au sens mathématique du rapport harmonique. La proportion « harmonique » se caractérise paradoxalement par l’incommensurabilité des deux termes du rapport : manque, castration, « manque essentiel de la jonction du rapport sexuel avec sa réalisation subjective ».

« On part, dans l'analyse, de l'enfant. C'est pour des raisons à proprement parler métaphoriques. Parce que le petit a est l'enfant métaphorique de l'Un et de l'Autre, pour autant qu'il est né comme déchet de la répétition inaugurale, laquelle, pour être répétition, exige ce rapport de l'Un à l'Autre, répétition d'où naît le sujet29. » Or le rapport du sujet comme a avec le 1 de l'Autre est incommensurable ».


26 Reste à voir comment il s’en détache et tout particulièrement comment la jouissance entre en jeu. Il n’est pas nécessaire d’avoir une grande expérience auprès des « toxicomanes » pour s’être aperçu que leur consommation par la constitution d’un corps étranger (voir le Poulichet) les met à l’abri d’une mise en jeu pulsionnelle dans la relation sexuelle. Qui n’a pas entendu qu’il ne pouvait avoir de relation voire de contact à caractère sexuel sans avoir pris un produit. Ce qui dans bien des cas et à rapporter aux premières expériences (de jouissance) relationnelles avec la mère.
Dans L'envers de la psychanalyse (1969-1 970), Lacan dit que de la jouissance, à petite dose, est nécessaire : « La Mère qui dit, mère à qui on demande, mère qui ordonne, qui institue du même coup cette dépendance du petit homme, la femme donne à la jouissance d'oser le masque de la répétition. » [...] « Elle apprend à son petit à parader. Elle porte vers le plus-de-jouir, parce qu'elle plonge ses racines, elle, la femme comme la fleur, dans la jouissance elle-même. » Un minimum de jouissance de l'Autre est nécessaire à la constitution du sujet.
Mais, dans ce même séminaire il rappelle que la jouissance, ça commence à la chatouille mais que ça peut finir par la flambée à l'essence. La libido orale va risquer de flamber et il est nécessaire que la mère opère un dégagement. En passant d’une scène orale érotique -avec son nécessaire fantasme de dévoration : « On en mangerait du bébé comme ça ! » — a une dimension narcissique phallique où elle admire son fils : « Bravo toi ! Tu attrapes bien tes pieds, toi ! » Elle fait cesser la jouissance avant d'aller vers la grillade.
Quand Lacan énonce : « La femme donne à la jouissance d’oser le masque de la répétition ; elle apprend à son petit à parader », il nous fait part de ses observations de père de famille et suppute deux temps logiques successifs : les chatouilles frôlant le danger d'une flambée pulsionnelle - à l'occasion des fantasmes oraux maternels de dévoration déjà prévus par Freud il y a un siècle - et la réorganisation dans une forme d'admiration narcissique phallique stable où la mère va dès lors pousser l'enfant à parader. Cela peut aller jusqu'à la parade militaire sur les Champs-Élysées, dans son uniforme de polytechnicien, c'est du même cru. Si les chatouilles ont par trop frôlé la flambée, il y aura ultérieurement obligation de s’en protéger. Quel qu’en soit le coût.
On trouvera une très belle illustration littéraire de cette jouissance dans Ce que la nuit raconte au jour, d’Hector Bianciotti éd.Grasset, 1992
27 « En tant que l’acte sexuel est signifiant, grand A c’est la mère. Ce signifiant « mère » porte avec lui la valeur Un – mais il y a là, ajoute Lacan, falsification dans ce passage du un comptable au un unifiant » H. Novion Fantasme et nombre d’or, La Revue Lacanniene 2012.
28 Mesure doit être entendu au double sens de mesurer et se mesurer à. Il s’agit dit-il pour Lacan  « de mettre une mesure dans ce dont il s’agit dans l’acte sexuel en tant qu’il a rapport à la fonction de la répétition ». Dans l’acte sexuel, le sujet se mesure à quelque chose. À quoi ? Au « champ du sexuel », à « l’unité-sexe » : « Le sujet, sous la forme de son support, le petit a, se mesure au sexe […], c’est ça le Un, l’unité-sexe, rien de plus
29 J. Lacan La logique du fantasme, 26 avril 1967

Dans la Logique du fantasme (1 mars-67) Lacan ne dit pas autre chose : « C’est par rapport à l’idée de couple là où elle se trouve – dans le registre subjectif – que le sujet a à se situer dans une proportion qu’il peut trouver à établir en introduisant une médiation externe à l’affrontement qu’il constitue, comme sujet, à l’idée de couple ».

Si la division anharmonique est la métaphore de ce qui se passe dès lors que le sujet comme produit d’une histoire tente de projeter son être sur l’idéal d’une fusion unitive, cela ne peut que produire un manque. Manque qui sera reconduit à l’infini.
Il nous faut désormais faire place à la répétition30.

La répétition est au carrefour entre le signifiant et la jouissance à la fois sous le signe de sa perte et de son retour. La répétition serait le rappel d’une jouissance dont le signifiant se fait l’appareil. Dans Envers de la psychanalyse séance du 14 janvier 1970 Lacan dit précisément :

« Le signifiant s’articule de représenter un sujet pour un autre signifiant. C’est de là que nous partons pour donner sens à cette répétition inaugurale en tant qu’elle est répétition visant à la jouissance. […] Or ce savoir auquel nous pouvons donner le support d’une expérience moderne, qui est, en soi et avant tout maniement de l’écriture, ce type de savoir, c’est celui-là même qui est en jeu quand il s’agit de mesurer dans la clinique analytique l’incidence de ce qui est en jeu dans la répétition […] en d’autres termes ce savoir montre ici sa racine, en ceci que, dans la répétition et sous la forme du trait unaire pour commencer, il se trouve être le moyen de la jouissance, de la jouissance précisément en tant qu’elle dépasse les limites imposées, sous le terme de plaisir, aux tensions usuelles de la vie. […] Il y a perte de jouissance. Et c’est à la place de cette perte qu’introduit la répétition, que nous voyons surgir la fonction de l’objet perdu que j’appelle a. »


30 « C’est en tant que produit d’une copulation précédente que le sujet reproduit l’acte sexuel en tant que produit, objet a, déchet et même, dira Lacan, déchet d’une histoire. »La logique du fantasme.

Lacan introduit la répétition dans son schéma sous la forme d’un report (d’une projection dit-il) de a sur l’UN.
Les actes31 successifs s'inscriront ainsi

En projetant a sur 1  il reste 1-a   = a puissance 2

En projetant a puissance 2sur 1 il reste 1-2a  = a puissance 3

En projetant a puissance 3 sur 1 il reste 1-3a = a puissance 4

En projetant a puissancen sur 1 il reste 1-(n-1) a= a puissance n

La division anharmonique inscrit cette répétition d'un 1 (unaire, de comptage) qui répète le Un (d'union32 ).
Ce qui peut aussi s’écrire

On y reconnaitra une suite de Fibonacci.


31 Pour Lacan ce qui définit un acte c’est le fait de «susciter un nouveau désir». Il ne traitera de la question de l’acte que l’année qui suit celui sur la logique du fantasme auquel je me réfère principalement ici. (l’acte psychanalytique, 1967-1968).
32 Unien comme dira Lacan à partir du séminaire RSI  1974-1975).

La suite de Fibonacci est une suite de nombres dont chacun des termes est e#gal a$ la somme des deux pre#ce#dents : 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, 34, 55, 89,144 ..., tendant vers l’infini33.

Le rapport de chaque terme au pre#ce#dent tend vers !, le nombre d’or. (Au bout d’une dizaine de nombres de cette série, ce rapport (n+1/n) est proche de 1,618... ; le rapport (n/n+1) est proche de 0,618...).

La suite de Fibonacci a pour raison le nombre d’or et reconduit bien l’incommensurabilité.


Avec ces rapports harmonique et anharmonique, il s’agit de mesurer l’effet de perte de toute activité signifiante. L’expérience témoigne que cet effet de perte est rencontré à chaque pas, mais elle en témoigne en le rapportant au schéma d’une blessure narcissique. Cependant tout essai de réparation quel qu’il soit est voué à l'échec. Ce dont il s’agit, la blessure, est ailleurs, dans la béance qui se produit entre le corps et la jouissance pour autant que ce qui la détermine ou l’aggrave c’est l’incidence du signifiant, de la marque, du trait unaire. Il s’agit de mesurer l’effet de cette perte de l’objet a34.

On notera ici l'écart entre la psychanalyse et les tentatives psychothérapeutiques, les unes visent à la réparation d'une blessure alors que la psychanalyse s'efforce de prendre acte de l’incommensurabilité du rapport. D’où procèdera, s’il est au rendez-vous, l’effet thérapeutique.


33 Le 11 juin 1969, vers la fin du séminaire D'un Autre à l'autre, il avouait à ses auditeurs : Si je vous parle de la série de FIBONACCI, c'est en raison de ceci, c'est qu'à mesure que les chiffres qui la représentent croissent, c'est de plus en plus près, de plus en plus rigoureusement que le rapport Un–1 / Un     est strictement égal à ce que nous avons appelé… et pas par hasard, quoique dans un autre contexte …du même signe dont nous désignons l'objet(a). Ce petit(a) irrationnel qui est égal à :(  -1)/2 , est quelque chose qui se stabilise parfaitement comme rapport, à mesure que ce qui s'engendre de la représentation du sujet par un signifiant numérique auprès d'un autre signifiant numérique,…
C'est bien là qu'il s'agissait d'en venir, en effet : la série de Fibonacci nous offre la métaphore élégante d'une série signifiante qui se trouve approximer toujours mieux dans son développement une même valeur, laquelle n'appartiendra jamais à la série, et entretient avec l'unité les rapports étranges qu'on vient de voir. En somme : plus s'allonge la série signifiante, et mieux l'on cerne, sans jamais y toucher, ce qu'il en serait de l'objet a, déjà défini aussi comme « objet cause du désir ».Tout un programme pour un psychanalyste appliqué à donner à ses auditeurs une certaine conception de la cure analytique, puisque l'idée d'une fin intrinsèque de l'aventure transférentielle est déjà inscrite dans une telle métaphore.